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Voici quelques références historiques à propos de la circoncision en Polynésie.

 

La circoncision, qui se pratique depuis des milliers d'années, est une intervention toujours très répandue dans bien des pays, que ce soit pour des raisons religieuses, ethniques, culturelles, identitaires... rarement médicales. Elle se pratique au cours de l'enfance, à différents âges, depuis la période néonatale (chez les Juifs et certaines civilisations occidentales) jusqu'à l'adolescence.

 

Le blog que vous êtes en train de lire se consacre à la traditionnelle supercision polynésienne. Internet regorge d'informations pour ceux et celles qui voudraient en savoir davantage sur la circoncision ailleurs.

 

"TEHE" ou "PERITOME"

 

Circumcision, or rather superincision, by the method of cutting through the upper surface of the foreskin in the middle line so as to expose the glans penis was performed throughout Polynesia. Both the operatiion and the result were termed tehe. It was such a general custom that the male whose glans was not uncovered was treated with ridicule. It is strange that though the custom must have prevailed in central Polynesia before the Maori ancestors left, they did not continue it in New Zealand. They did, however, bring with them the term tehe, which was applied to the glans exposed without operation. As if in defence of having abandoned an ancient custom, the person with a tehe was ridiculed as much in New Zealand as the person without it was in Polynesia. - Sir Peter Buck (Te Rangi Hiroa), "The Coming of the Maori", p 354

 

TEHE: En Polynésie, la supercision (tehe) existe depuis bien avant l'arrivée des premiers européens. Les enfants polynésiens ne sont pas circoncis comme cela est décrit dans la bible, ou comme cela est pratiqué par les chirurgiens.

 

L'intervention en Polynésie est une supercision, que l'on traduit par "tehe" en Tahitien. Cette manière d'opérer les garçons est très particulière à la Polynésie. La supercision n'existe pratiquement pas ailleurs dans le monde, à l'exception de quelques populations du bassin océanien. Nos connaissances ne permettent pas d'expliquer le pourquoi de ce rituel, sorte de sacrifice douloureux, subit par les jeunes garçons au moment de leur adolescence.

 

PERITOME: Le mot "peritome" est un mot tahitien créé par les missionnaires de la LMS (London Missionary Society) pour traduire la circoncision telle qu'elle est décrite dans la bible. Ces missionnaires sont les premiers arrivés en Polynésie, sur le DUFF le 5 mars 1797 ( le 5 mars est jour férié en Polynésie pour fêter cet événement ). Ils ont fait l’énorme travail de traduire la bible en tahitien et pour cela il leur a fallu "créer" plein de nouveaux mots. Cette grande et fantastique aventure linguistique a été décortiquée dans un gros livre " Au pied de l’Écriture" (édition Haere Po no Tahiti 1988, de Jacques NICOLE).

 

La circoncision est un thème biblique récurrent et le mot "tehe" ne pouvait pas être employé car il n'a pas le même sens (dans la bible, il s'agit bien de circoncision, et non pas de supercision). Une tahitianisation du mot circoncision d'origine latine avec ses "c" et ses "on", en anglais comme en français, était impossible. Les missionnaires ont donc donné exactement l'équivalent en grec du mot latin circoncision:

 

peri (grec)= circum (latin) = autour

tome ( grec) = cision (latin)= couper

 

Ainsi, le mot "peritome", paraissant plus acceptable, plus "noble" puisque présent dans la bible , a remplacé improprement le terme usuel "tehe" pour parler de la supercision.

 


WIKIPEDIA: La circoncision en océanie.

"Dans les îles du Pacifique et dans toutes les îles du triangle polynésien, la circoncision rituelle est très répandue, de Tahiti à Samoa en passant par les Tuvalu, Tonga, Tokelau, îles Cook, îles Marquises, Niue, Wallis-et-Futuna. La circoncision est une coutume ancestrale qui existait déjà avant l’arrivée des missionnaires européens. Elle se perpétue encore comme un rite qui garantit l’appartenance à la communauté polynésienne. Elle se pratique entre 12 et 16 ans généralement et elle est célébrée par toute la famille comme étant le passage de l’enfance à l’âge adulte. Toutes les cultures polynésiennes la pratiquent, à l’exception des Māori de Nouvelle-Zélande, qui ont abandonné ce rite d’initiation ancestral, quelques générations après leur arrivée sur cet archipel situé en dehors de la Polynésie tropicale. Par suite de l'augmentation de la couverture hospitalière en Océanie à la fin du XXe siècle, l'opération se pratique principalement dans les hôpitaux sous anesthésie locale ou générale, notamment dans les communautés polynésiennes installées en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, à Hawaii, en Europe et aux États-Unis. Il existe encore des pratiques de circoncision « artisanale » dans certaines familles. Le prépuce est coupé avec une lame de rasoir ou encore un morceau de bambou taillé. L'opération, dite teheraa en Tahitien, est une supra incision : l'incision se fait longitudinalement sur la partie supérieure du prépuce, et il n'y a pas d'ablation de peau. La cérémonie se fait à l’aube sur une plage, le plus souvent durant les vacances scolaires de décembre à février. Un groupe d’adolescents se fait accompagner par leurs oncles maternels et les anciens du village. Après que le maître de circoncision a procédé à l’opération, les jeunes doivent se rendre immédiatement dans l’eau de mer pour se soigner. Les risques d’hémorragies et d’infections sont limités mais existants. Pendant les deux ou trois semaines qui suivent, ce groupe de jeunes hommes se rend chaque jour en fin de journée dans la mer pour un bain thérapeutique. La mer est censée soigner la plaie. Ils sont souvent l’objet de plaisanteries de la part des adultes et des jeunes filles qui les croisent en chemin ou sur la plage. Une fois guéris et fêtés dans leurs familles respectives, ces adolescents reçoivent plus de considération et sont admis dans les cercles des jeunes hommes à marier. Ils peuvent, à partir de leur circoncision, avoir leurs premières aventures".

 


Le tatouage des hommes (www.tahititatou.com/tatouagestahitiens.htm)

Les hommes eux aussi étaient tatoués dans la société tahitienne, mais de façon moins systématique que les femmes, et c’était moins une obligation sociale que pour les femmes.  Les garçons étaient tatoués plus tard, généralement au début de leur adolescence. Leur premier tatouage était effectué au moment de leur supercision (une procédure similaire à la circoncision), par la même personne. Morrison rapporte que les tatouages ainsi que la supercision étaient effectués "par quelques hommes en particulier qui vivent en partie de ce travail et sont toujours bien payés pour leurs services." L’opération avait lieu sur un marae, qui est un temple de pierre en plein air. La supercision traditionnelle est toujours pratiquée dans les îles mais le tatouage ne fait plus partie du rite de passage à l’âge adulte.
Les tatouages des hommes consistaient autrefois tout d’abord en de larges motifs rectangulaires, souvent décrits comme de larges bandes horizontales, sur les côtés du torse et l’interieur des bras. Occasionnellement les mains aussi étaient tatouées avec une série de tout petits motifs géométriques, ressemblant aux lettres "x"  et "w". Les femmes portaient des marques similaires sur leurs mains ainsi que sur leurs pieds.

 


Taioro!!

L’insulte masculine portant sur le sexe aux Iles de la Société est celle ayant trait à la circoncision, ou plutôt la non-circoncision : « taioro ! ». Mais revenons d’abord un instant sur la circoncision aux Îles de la Société. Il s’agit véritablement d’une supra incision, teheraa. On trouve également le mot peritome, amené par les missionnaires, provenant du grec péritomê et qui désigne la circoncision occidentale du prépuce. Celui qui détient le savoir du teheraa est le tahua tehe, « le spécialiste de la circoncision ». Rite autrefois « religieux, accompagné de prières au marae ancestral auquel assistaient le père et les parents masculins qui, en signe de sympathie se faisaient des blessures avec des dents de requin », il est opéré chez lez jeunes, âgés de 10 à 12 ans. Ce geste qui consiste à effectuer une sorte de boutonnière dans le sens de la longueur et à dégager le gland, a une fonction double, que l’on retrouve dans notre terme taioro : une fonction sociale, l’opération se fait en dehors de la présence de femmes, et une fonction hygiénique, celle d’empêcher l’accumulation de smegma sous le prépuce. Le terme taioro se rapporte à cette dernière idée car il est utilisé pour nommer une sauce faite à base de jus de têtes de crevettes pilées et de coco râpé. La couleur et l’odeur surtout du smegma s’apparenteraient à cette sauce qui – au passage – relève agréablement le goût du poisson cru. Le premier sens insultant de taioro est d’abord celui qui sert à traiter quelqu’un de dégueulasse, de salaud, à cause de son hypocrisie. Ce sens se rencontre surtout dans des propos exprimés entre Tahitiens.

 

Le deuxième sens (le plus courant) est employé à l’encontre des popaa farani qui sont, pour la grande majorité, non circoncis. Or, si le teheraa est une affaire essentiellement masculine, l’emploi de taioro consiste à vouloir réduire à néant la virilité des popaa farani. Le teheraa est « la libération du sexe masculin à l’air libre, désormais à même de s’engager vers une sexualité active ». L’insulte taioro est métonymique, on réduit le popaa farani à une de ses supposées parties, le résidu de smegma dû à sa non circoncision. C’est aussi une insulte métaphorique, en comparant ce résidu de smegma à la sauce pour poisson cru. Elle place également l’insulté dans la partie féminine du monde, dans la partie du taro humide, alors que le tahitien, en proférant cette insulté, se place dans le monde viril, un monde qui demande comme qualités d’être résistant et supporter (faaoromai) les maux et les épreuves physiques et morales que l’on recontre dans le monde des adultes. Un homme adulte se dit taata paari, paari qui signifie la résistance ou l’endurance à l’effort, mais aussi l’érection.

 

Dans « La transgression verbale en Océanie : le cas du tahitien et du nengone…" Par Alexandre Juster. Editions L'Harmattan. 2010.

 

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